Reza parcourt le monde depuis plus de trente ans, du Bosphore à la grande Muraille de Chine, du Cap à la Camargue. Il a sillonné plus de cent pays, photographiant les guerres, les révolutions et les catastrophes humaines. Contraint à l’exil de son pays natal, l’Iran, en 1981, Reza vit aujourd’hui à Paris. Il est l’un des reporters-photographes les plus reconnus au monde, travaillant pour National Geographic depuis 1991. Il a passé 20 ans de sa vie dans des zones de conflit, témoin des blessures et des joies de ceux qu’il croise sur sa route. « Je suis un être humain, pas juste un photographe, se décrit-il. Je souffre avec les hommes, les femmes, les enfants. » Témoignages et actions d'un nomade engagé. En 2001, Reza fonde l'ONG Aina pour former des enfants et des femmes aux métiers de la communication et de l'information, aujourd’hui en Afghanistan, demain dans d’autres pays du monde. Éduquer aujourd'hui pour établir la paix, demain.
Au-delà des frontières, les images engagées de Reza racontent l'histoire de la famille des hommes. Elles sont largement diffusées dans la presse internationale (National Geographic, Time Magazine, Stern, Newsweek, El Pais, Paris-Match, Géo...).
Après ses Mémoires d’exil exposées au Carrousel du Louvre en 1998, il partage sa vision humaine et engagée du monde à travers son exposition, Destins Croisés, sur les grilles du jardin du Luxembourg à Paris en 2003. Depuis 2006, il expose dans le monde Une Terre, Une Famille, qui sera présentée en septembre 2010 sur les folies du Parc de la Villette à Paris. Enfin, l’exposition Entre Guerres et Paix, présentée en 2009 au Mémorial de Caen, a été l’occasion d’une grande rétrospective de son travail. En janvier 2011 sera inaugurée une exposition permanente au musée du Mémorial de Caen.
Auteur de dix-sept livres, primé par le World Press Photo, décoré de la Médaille de Chevalier de l’Ordre National du Mérite, de la « Missouri Honor Medal for Distinguished Service in Journalism » en 2006, un « Lucy Award » et le titre de « Doctor Honoris Causa » par l’Université Américaine de Paris en 2009, puis de l’Infinity Award de l’ICP à New York en 2010, Reza témoigne des soubresauts du monde : « Le monde est mon champ de vision. De la guerre à la paix, de l’ineffable aux instants de poésie, mes images se veulent des témoignages de notre humanité sur les routes du monde. »
Extraits d’interview publiée en juin 2009 dans "The Paris Globalist"
En tant que journaliste, comment se prépare-t-on pour travailler dans un pays qui chercher à limiter l’information ?
Google a beaucoup changé les choses. C’est sans doute le plus grand traître pour les journalistes. Quelqu’un qui débute peut se rendre dans un pays anonymement, avec un visa touriste. Mais si vous avez déjà publié dans un journal, on vous retrouve immédiatement grâce à Google.
Cela dit, on peut toujours se débrouiller, trouver différents noms et prétextes. Dans chaque pays c’est un exercice à part : arriver à la source de l’information, ne pas se faire arrêter, sortir son matériel.
En 1985, se rendre dans l’Afrique du Sud de l’apartheid en tant que journaliste impliquait de suivre les ordres du gouvernement. Du coup, je suis allé au consulat en affirmantt que j’étais un chasseur d’éléphants, et que je voulais me rendre dans le pays pour y photographier les éléphants, désormais protégés. J’ai eu un visa de trois mois. Sur place, j’ai été arrêté plusieurs fois. Mais j’ai toujours réussi à m’en sortir, à sauer les pellicules.
Un pays où il est très difficile de travailler aujourd’hui est Israël. C’est un pays qui met énormément d’obstacles à la presse. Le prétexte avancé est toujours sécuritaire. "S’il vous arrive quelque chose, on vous aura prévenu. Si vous y allez et que vous recevez une balle, on ne sait d’où elle viendra". Récemment, les évènements de Gaza l’ont montré.
Y a-t-il des Etats où il est impossible de travailler ?
Pour un vrai journaliste, le mot impossible n’existe pas. Il y a toujours un moyen d’aller quelque part, de récolter des informations, ou d’enquêter.
On ne peut pas se rendre partout avec un gros appareil photo. Mais il n’y a aucun endroit dans le monde où on ne peut aller chercher de l’information. Sauf peut être dans le palais présidentiel de Corée du Nord. Mais même en Corée du Nord, il y a des journalistes qui photographient, filment, interviewent des gens.
Une fois sur place, comment faites-vous pour prendre des photos ?
Il n’y a pas de formule. Chaque pays est différent. Enn Afghanistan, pendant la guerre contre les Soviétiques, il n’était pas possible d’obtenir un visa, à moins de venir de Moscou. Nous allions au Pakistan où se trouvaient les Moudjahidin, puis, habillés comme eux, nous traversions la frontière à leurs côtés Nous suivions les combattants qui allaient affronter les Russes. Parfois, il fallait marcher trois mois dans la montagne, sans aucun lien avec l’extérieur.
En janvier 1990, il y a eu un massacre à Bakou, capital de l’Azerbaïdjan, qui faisait partie dee l’URSS. Les Russes avaient fermé toutes les routes. Une cinquantaine de journalistes étaient bloqués à Moscou. Un jour, les Russes nous ont annoncé qu’un avion militaire emmènerait tous les journalistes à Bakou le lendemain. Tout le monde était ravi, mais je me suis méfié. Le matin, j’ai appelé la réception pour me faire porter malade. Les autres journalistes se sont fait balader. Ils ont tourné dans les nuages en avion, on leur a dit qu’il n’était pas possible d’atterrir en raison du temps, et on les dépsés à Erevan, capitale de l’Arménie, où se trouvaient quelques réfugiés arméniens venus d’Azerbaïdjan. Au lieu de voir le massacre d’Azerbaïdjanais par l’armée russe, ils ont photographié des réfugiés arméniens massacrés par les Azerbaïdjanais.
Des amis mm’avaient réservé un billet dans le train Moscou-Bakou. Quand le contrôleur passait, je me cachais sur le porte-bagages. 48h après j’étais à Bakou. Pendant trois jours, j’ai photographié les morts et les blessés, accompagné d’un ami qui filmait. A deux, on a pu déjouer un gouvernement comme l’Union Soviétique, qui se pensait si fort et malin qu’il pouvait manipuler CNN.
Parmi vos photos, quelles sont celles qui ont été les plus difficiles à prendre pour vous, et quelles ont été les plus importantes ?
Vous pouvez aller voir dans mes archives, pas une seule des photos qui s’y trouvent n’était facile à prendre. J’y conserve environ un million de photos, et autant de difficultés.
D’un autre côté, les photos qui sont importantes pour moi sont celles qui ont vraiment passé Massoud que j’ai fait. Avec ce portrait, j’ai pu rendre hommage à cet homme à l’époque où il n’était encore qu’un jeune résistant - en 1985 - avant qu’il ne devienne quelqu’un de très important.
J’ai fait un portrait de lui qui a parlé au monde. Et cela a beaucoup influencé les Afghans. Cela les a aidé à connaître le personnage, et à l’aimer aussi.
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